Page:Le Tour du monde - 03.djvu/229

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forêts marines qui s’élancent de profondeurs considérables à la surface de l’eau. Le navigateur qui n’est pas informé de ces conditions hésite à mettre le cap sur ces bancs qui paraissent lui déceler un bas-fond ; il est plus ou moins désorienté, doute de sa position, interroge alors de nouveau sa carte et ses points de repère, les compare aux accidents de la côte qu’il a sous les yeux, jette et rejette la sonde et prenant enfin de l’assurance par la certitude qu’il acquiert qu’il est bien dans les eaux battues en tous sens par les habiles hydrographes qui en ont dressé la carte, il passe à travers ces bancs de varechs sur lesquels il glisse sans le moindre choc. Mais qu’on se figure un marin qui découvre ces parages, de qui tout ce qui l’entoure est ignoré, et non pas sur un bateau à vapeur qu’on arrête à la parole, qu’on fait virer à volonté, qu’on dirige vers et contre le vent, en tous sens, mais sur un navire à voile, et l’on dira si Magellan, qui a dû se trouver cent fois dans des positions analogues ou plus critiques encore, n’est pas un des hommes les plus audacieux, les plus étonnants, les plus dignes d’admiration que la terre ait jamais produits !

Embouchure de la rivière de Gennes. — Dessin de E. de Bérard d’après l’atlas de Dumont d’Urville.

Nous voilà donc ancrés au havre de Mercy. Personne n’aura de peine à croire que nous avions grande hâte de mettre pied à terre ; c’est ce que nous fîmes en dépit de la neige et de la grêle qui nous arrivaient par grenasses, comme disent les marins, de courte durée heureusement. Notre première trouvaille fut un campement de naufragés récemment abandonné ainsi que nous l’indiquaient un baril de lard encore peu avarié, une paillasse, un almanach, etc. Des portes et des planches de cloison nous indiquaient que les malheureux s’étaient construit une baraque ; une tente déchirée par le vent était encore en place. Un tas de bouteilles et de boîtes de conserves nous tranquillisait sur le sort des naufragés pendant leur séjour au havre Mercy. Des bois sciés, un appareil de scieur de long improvisé avec des vergues nous permet-

Huttes de Pêcherais au havre de l’Espérance. — Dessin de E. de Bérard d’après King et Fitzroy.