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« Nous aurons rencontré un tronc d’arbre, dit le capitaine. Go ahead and never mind !  » (En route, et n’y pensons plus.)

Cependant l’officier américain, qui conduisait des troupes contre je ne sais quelle tribu lointaine d’Indiens, fit l’appel des soldats : il en manquait un. Ses camarades l’avaient vu se jeter dans le fleuve. Ce malheureux tenait à la main son fusil afin d’augmenter son poids et de ne pas remonter à la surface de l’eau. On ne fit nulle autre attention à cet accident ; ce qui est bien naturel chez un peuple où l’on se préoccupe si peu des fréquentes catastrophes occasionnées par l’explosion des steamers et par le choc des convois sur les chemins de fer.


Les bords du Mississipi. — Changements apportés par un demi siècle. — La colonisation. — Le Minnesota. — Les émigrants. — Indiens Chippevays. — Le lac Pépin. — Maiden’s rock. — Les chutes de Saint-Antoine. — Le fort Smelling. — Une légende indienne.

Quarante-huit ans seulement avant moi un officier des États-Unis, qui a laissé un nom respecté dans la géographie de l’Amérique du Nord, le major Pike, remontait le Mississipi dans un bateau à rames ; il était chargé par son gouvernement d’explorer la branche principale du fleuve jusqu’à sa source, d’en reconnaître les affluents supérieurs, d’étudier le sol, alors inconnu, qu’ils arrosent, et d’obtenir des Indiens propriétaires de ce sol la permission[1] d’établir des postes militaires ou des factoreries sur les points qu’il jugerait les plus convenables à cet effet.

Les émigrants en marche. — Dessin de Eugène Lavieille d’après une gravure américaine.

Le paysage qui sert de cadre au Mississipi a peu changé depuis le major Pike. Sur les deux rives c’est toujours la succession de prairies et de collines qu’il admirait, et qui, au lieu d’être parallèles au fleuve, croisent son cours en lignes obliques de plus en plus accidentées et pittoresques à mesure que l’on remonte vers le nord. La haute végétation de ce paysage est toujours composée dans les bas-fonds de bouleaux, d’ormes, de cutton-wood, ou peuplier du Canada, et de cèdres sur les hauteurs, mais quels changements dans l’intensité de la vie et de l’activité humaine ! À la place des rares wigwams des propriétaires primitifs du sol s’élèvent de nombreuses bourgades, des cités déjà florissantes, et d’innombrables troupeaux domestiques ont remplacé, sur les pâturages des deux rives, les daims et les bisons que Pike put y voir bondir. À l’orée de chaque vallon on entrevoit des fermes, des usines en activité ou en construction, et la charrue passe et repasse sur les vieux sentiers de la guerre.

Je laisse sur ma gauche l’État d’Iowa avec ses cinq cent mille colons ; à ma droite se déroule le Wisconsin, qui en nourrit déjà sept cent cinquante mille, et devant

  1. Expressions mêmes des instructions données au major Pike.