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fortunez. Entreprise IV.


aiſémēt auec vne petite pierre tendre ſon fil iuſques à bas, auquel le Page attacha vn plus gros fil, & a ceſtuy là apres vn autre, puis en fin vne ficelle & en apres vne corde, & puis vn chable qu’il, auoit apporté dans l’eſtuy de ſon lut au lieu du lut, & le maiſtre ayant tiré tout l’vn apres l’autre, & vne tenaille & quelque ferrement pour ſ’en aider, ſ’il en eut eu affaire, il ſe detacha, & faiſant ſon artifice vers le deſert on ne l’eut ſceu voir : ainſi il acheua fort bien ſon entrepriſe, car sō page ayāt attaché le dormeur au cable il le tira à mont & le despouilla, le mettant en ſa place puis il ſe veſtit de ſes habillemens, & deſcendit en bas par ſon chable, en apres il donna congé au Page, & ſe promena tant que l’autre ſ’entinelle veint lequel eſtant arriué, ceſtuy ci comme faſché d’auoir attendu le rudoya, & grondant ayant la caſaque & les armes du ſoldat ſortit libremēt, paſſant iuſques dehors, ſans qu’on prit garde à luy & ainſi ſe retira en ſon logis.

Quand l’Empereur eut enuoyé le grand melancholique priſonnier : Il ne ſe tint pas là long temps, car l’aſſemblee auoit eſté troublee par ceſte auanture, & puis le Roy Roſolfe arriua auec ſa belle Feriſee, qui fut occaſion que les Princes s’allerent proumener aux beaux iardins, où ils paſſerent le reſte du temps, ſelon les occurrences, & par l’auis du conſeil, meſme à l’inſtance de l’Empereur, le lendemain fut donné à Roſolfe & Feriſtee, & le temps y fut tant bien employé, que l’Empereur ſe trouua plus contant qu’il n’auoit eſté, les Princes Fortunez l’ayans aſſeuré, qu’il trouueroit ſans dou-