Page:Leblanc - Ceux qui souffrent, recueil de nouvelles reconstitué par les journaux de 1892 à 1894.pdf/141

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femme.

Fou de douleur il eut cependant la présence d’esprit de se cacher quand repassa le domestique. Puis, seul, il se précipita vers la porte. Il en possédait la clef. Mais ses doigts tremblaient tellement qu’il ne réussit qu’avec peine à l’introduire dans la serrure.

Dehors, personne. Il galopa par les rues voisines. Personne.

Il revint, fit le tour de sa maison et rentra.

Cette course l’avait calmé. Il se sentait maître de lui, prêt à châtier froidement la coupable.

Il monta chez elle. Louise, couchée, dormait. Cela le déconcerta. Il savait bien, au fond, qu’elle simulait le sommeil. Néanmoins, ce silence détruisait l’effet de son arrivée solennelle et tragique.

Il approcha. À la vue des draps en désordre, il tressaillit. Les épaules émergeaient, nues. L’aspect de cette chair réveilla sa rage. Des idées de meurtre le hantèrent. À qui pensait-elle ? Car elle ne dormait pas, elle ne dormait pas, il en était sûr. Elle affectait de dormir pour que, étendu près d’elle comme chaque nuit, il ne l’ennuyât point de ses baisers.

L’idée de ce partage l’écœura lui-même. Incapable de se décider, il n’eut plus qu’un désir, s’en aller de cette chambre. Une autre était prête, toujours, en cas de malaise. Il s’y rendit.

Alors, ses nerfs se détendirent. Sa vie