Page:Leblanc - Ceux qui souffrent, recueil de nouvelles reconstitué par les journaux de 1892 à 1894.pdf/169

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devoir.

— Je suis fière de toi, s’écria-t-elle, fière de t’aimer.

Elle saisit ma tête entre ses mains et déclama :

— Ami, jure moi de ne jamais chercher à me revoir, mon honneur l’exige. Moi, je m’engage, si jamais j’ai besoin d’un appui, d’un consolateur, à t’appeler auprès de moi.

Je m’agenouillai.

— Adrienne, pour la vie, je t’appartiens.

Nous pleurâmes. Je la quittai. Quel déchirement !

J’étais en plein drame. Ma peine, au fond, si horrible qu’elle fût, me semblait de belle essence, et j’en tirais orgueil. J’ouvris même un de mes romans favoris où le héros se trouvait en pareil cas. Lui, se tuait. Le pouvais-je, moi ? moi sur qui comptait Adrienne.

Je partis. J’abandonnai tout, ma mère, mon pays, mes études. Je m’arrangeai pour qu’un ami me fit parvenir ma correspondance. Et je m’en allai très loin.

J’errai comme un vagabond, sans foyer. Rien ne me retenait. Nulle ville ne me plaisait. Je les ai toutes habitées. Je n’en connais aucune. J’ai dormi dans le désert, j’ai dormi sur la montagne.