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LA PITIÉ



Il la traitait en sœur plus jeune. Malgré ses treize ans et ses succès au collège, il ne dédaignait point de jouer avec sa petite amie, sa petite amie aux cheveux blonds comme il la nommait. Ils causaient même, sérieusement.

Il disait ses appétits d’enfant pauvre, ses ambitions de garçon volontaire qui voit nettement le but où il marche. Elle, c’étaient de jolis rêves, effeuillés d’une voix songeuse, incohérents, contradictoires, obscurs, insaisissables comme des rêves de sommeil. Elle ne s’en souvenait plus le lendemain. Lui ne pouvait les comprendre. Et elle devint ainsi, à ses yeux, une créature énigmatique dont il avait un peu peur et un peu pitié.

Cette pitié s’accrut. Son amie s’alanguissait. La femme tardait à se dégager de l’enfant grandissante, et les joues pâlirent, et la peau prit des teintes de cierge. Il ne s’expliquait pas sa langueur. Il se sentait tout triste auprès d’elle, comme auprès de quelqu’un qui s’en va loin de vous, vers la mort, peut-être.

Mais quand elle eut quinze ans, le phénomène mystérieux tendit à s’accomplir. Et ce furent, avant l’éclosion sanglante, d’abominables douleurs.

Il en sut la cause. Un organisme défectueux condamnait la jeune fille au retour