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L’AIGUILLE CREUSE
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souriant mais sans raillerie, il offrait avec Arsène Lupin le plus parfait contraste, si parfait même que Lupin me semblait aussi dérouté que moi.

Non, sûrement, Lupin n’avait pas en face de cet adolescent frêle, aux joues roses de jeune fille, aux yeux candides et charmants, non, Lupin n’avait pas son assurance ordinaire. Plusieurs fois, j’observai en lui des traces de gêne. Il hésitait, n’attaquait pas franchement, perdait du temps en phrases doucereuses et en mièvreries.

On aurait dit aussi qu’il lui manquait quelque chose. Il avait l’air de chercher, d’attendre. Quoi ? Quel secours ?

On sonna de nouveau. De lui-même, et vivement, il alla ouvrir.

Il revint avec une lettre.

— Vous permettez, Messieurs ? nous demanda-t-il.

Il décacheta la lettre. Elle contenait un télégramme. Il le lut.

Ce fut en lui comme une transformation. Son visage s’éclaira, sa taille se redressa, et je vis les veines de son front qui se gonflaient. C’était l’athlète que je retrouvais, le dominateur, sûr de lui, maître des événements et maître des personnes.