Page:Leblanc - Le Chapelet rouge, paru dans Le Grand Écho du Nord, 1937.djvu/36

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Reste le drame en lui-même, car, ne l’oublions pas, il y a une victime. Et c’est la seule considération qui devra nous guider. Voici d’ailleurs ces messieurs de la Faculté.

Ces messieurs de la Faculté n’apportèrent aucun élément, et leurs conclusions, toutes médicales, ne donnèrent aucun indice capable d’aiguiller l’instruction. En tout cas, une certitude formelle : l’hypothèse du suicide était absolument écartée. Il y avait eu crime.

Les investigations de la gendarmerie, laquelle venait d’être renforcée par l’arrivée de deux inspecteurs de la brigade mobile, furent également plutôt négatives.

— Pas de traces, dehors ? demanda M. Rousselain au brigadier de gendarmerie, grand bel homme, content de lui-même.

— Non, monsieur le Juge d’instruction. Comme vous le savez, le parc est traversé par la rivière, et entouré par un très haut mur qu’il semble impossible de franchir. Et puis un malfaiteur ne vole pas dans un château plein de monde, ou, tout au moins, il attend la nuit.

— Il n’y a pourtant personne de suspect dans le château. J’ai questionné les domestiques qui m’ont eu l’air de braves gens.

— De braves gens, monsieur le Juge d’instruction, que je connais tous, depuis des années. Hier encore, j’étais au château pour surveiller la fête, et je causais avec eux. Il n’y a que le sieur Ravenot… un nouveau venu depuis quelques semaines, et son épouse.

— Ah ! oui, la charmante Amélie… Une admirable naïade, paraît-il. Vous les avez interrogés ?

— Oui, monsieur le Juge d’instruction. Leur dernier certificat, signé par le comte de Laroche, qui habite tout près d’ici, est excellent… Surtout pour la dame Amélie, femme de chambre remarquable, soigneuse.

— Je croyais que le comte de Laroche était célibataire, brigadier ? dit finement M. Rousselain.

— Oui, monsieur le Juge d’instruction », fit le gendarme qui ne saisit pas la plaisanterie.

Il y eut une légère pause, et M. Rousselain insinua d’un air engageant :

« De tout ce que vous avez entendu, de tout ce que vous savez, brigadier, il ne vous est pas venu la moindre impression qu’il y ait un coin quelconque de cette affaire où l’on puisse relever une intrigue ?

— Une intrigue ? demanda le brigadier assez ahuri.

— Oui, une intrigue passionnelle… un liaison donnant lieu à des rendez-vous ? Il y a là tout un ordre de faits assez intéressants où l’on peut retrouver la racine même des événements… »

Mais le brigadier ne parut pas comprendre l’invitation sentimentale de M. Rousselain. Il répondit :

« Des rendez-vous ? Entre qui ? Il y a deux ans, il y a eu une cuisinière qui avait comme bon ami le fils du boucher.

— Mais actuellement ?

— Non, dit le brigadier d’un ton de satisfaction et comme s’il signait un témoignage de bonne vie et mœurs. Tout le monde se conduit bien au château. »

Le substitut se pencha vers le juge :

« Les invités, vous en avez la liste ? On m’a parlé des Bresson, dont le nom