Page:Leblanc - Le Chapelet rouge, paru dans Le Grand Écho du Nord, 1937.djvu/68

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M. Rousselain se tourna vers le jeune Gustave. Celui-ci paraissait mal à l’aise. Il portait un pantalon et un veston trop courts, rapiécés, et des galoches boueuses. Deux choses le gênaient infiniment, ses bras qu’il ne savait dans quelle position tenir, ses yeux qu’il ne savait où poser. Son frais visage rougissait de timidité. Sa bouche entrouverte montrait de belles dents aiguës et blanches comme des dents de jeune chien. Près de lui, Antoine, son oncle, montrait une physionomie dure et sévère.

M. Rousselain demanda à celui-ci :

— Savez-vous quelque chose sur les événements d’hier soir ?

— Ma foi non, monsieur le juge. À neuf heures j’ai été au château prendre la commande de légumes pour aujourd’hui. Après quoi, je suis rentré. Ma femme était couchée, un peu souffrante. Tout ce que j’ai vu de ma fenêtre, c’est les illuminations, et puis, j’ai aperçu Mme la comtesse… ou plutôt la lingère, qu’on m’a dit, qui s’en allait vers le pont de la chute… Et puis j’ai été au village chercher du tabac.

— Et votre neveu ?

— Gustave m’a dit qu’il ne savait rien.

— Où était-il pendant la fête ?

— Nous ne l’avons pas vu de la soirée.

— Comment ! il n’a pas dîné avec vous ?

— Ma foi non. À la demie de six heures, il a porté des fleurs au château… et on ne l’a pas revu. »

Un silence suivit ces paroles.

« Tiens ! Tiens ! » fit le juge entre ses dents.

Et il reprit :

— Mais il est rentré se coucher ?

— Je suppose, n’est-ce pas, Gustave ? Il devait dormir, quand ma femme et moi, on a été réveillés par le bruit du château, par l’auto qui filait chez le médecin, à la gendarmerie… Ce matin, je l’ai entendu qui se levait au-dessus de notre chambre, et je l’ai retrouvé au travail.

— Il ne vous a rien dit ?

— Non, monsieur le Juge. On ne cause guère à la campagne.

— C’est bien, vous pouvez vous retirer.