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LE RAYON B
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Deux grognements lui répondirent. Il ricana :

— Pas bien emballés, hein ? Tant pis, je me passerai de vous. Un coup de main seulement pour commencer…

Il y avait une barque attachée à un anneau. Il y descendit. Un des hommes la poussa, à l’aide d’une gaffe, entre deux pieux enfoncés dans la vase et qui pointaient hors des roseaux. À chacune des extrémités, Velmot noua les deux bouts d’une grosse corde au milieu de laquelle il fixa un crochet de fer. Ce crochet pendait ainsi à un mètre cinquante au dessus de l’eau.

— C’est fait, dit-il en revenant. Plus besoin de vous. Reprenez l’autre barque, et allez m’attendre à la remise. Je vous y rejoindrai dans trois ou quatre heures, quand Massignac aura dégoisé son affaire, et après une petite conversation un peu brutale avec notre nouveau prisonnier. Et alors on décampera…

Il accompagna ses deux acolytes. Lorsque je le revis vingt minutes plus tard, il tenait un journal à la main. Il le posa sur une petite table qui était devant ma fenêtre même. Puis il s’assit et alluma un cigare. Il me tournait le dos et me cachait la table. Mais, a un moment, il se déplaça et j’aperçus son journal, Le Journal du Soir, qui était plié en largeur et où s’inscrivait, en majuscules qui tenaient toute la largeur de la feuille, ce titre sensationnel :


On connaît la vérité sur les apparitions de Meudon.


Je tressaillis jusqu’au plus profond de mon être. Ainsi, le jeune étudiant n’avait pas menti ! Benjamin Prévotelle avait découvert la vérité et, cette vérité, il avait réussi, en l’espace de quelques heures, à la développer dans le mémoire dont il m’avait parlé, et, à la rendre publique !

Avec quel effort, collé contre la persienne, j’essayai de lire les premières lignes de l’article, les seules qui s’offrissent à moi, étant donné la façon dont le journal était plié ! Et quelle émotion à chaque mot déchiffré !

Ce journal, grâce auquel me fut révélée une partie, tout au moins, du grand mystère, je l’ai gardé précieusement. Avant de reproduire le fameux mémoire publié le matin par Benjamin Prévotelle, il s’exprimait en ces termes :

« Oui, le problème fantastique est résolu. Un de nos confrères a fait paraître ce matin, sous forme de « Lettre ouverte à l’Académie des Sciences », le mémoire le plus sobre, le plus lumineux et le plus convaincant qu’il soit possible d’imaginer. Nous ignorons si la science officielle accédera aux conclusions du rapport, mais nous doutons que les objections, si graves qu’elles soient, et qui toutes, d’ailleurs, sont loyalement exposées, puissent être assez fortes pour démolir l’hypothèse qui nous est offerte. Les arguments sont de ceux qu’on ne rétorque pas. Les preuves sont de celles qui vous obligent à croire. Et, ce qui double la valeur de cette admirable hypothèse, c’est qu’elle ne semble pas seulement inattaquable, mais encore qu’elle nous ouvre les horizons les plus vastes et les plus merveilleux. La découverte de Noël Dorgeroux, en effet, n’est plus limitée à ce qu’elle est et à ce qu’elle paraît être. Elle comporte des conséquences qu’il est impossible de prévoir. Elle est appelée à bouleverser toutes nos notions sur le passé de l’humanité, et toutes nos conceptions sur son avenir. Il n’y a pas, depuis l’origine du monde, un événement qui puisse être comparé à celui-là. Et c’est à la fois l’événement le plus incompréhensible et le plus naturel, le plus complexe et le plus simple. Un grand savant, à force de réfléchir, eût pu l’annoncer à l’univers. C’est presque un enfant qui, par intuition géniale autant que par observation intelligente, a conquis cette gloire inestimable. Voici quelques renseignements recueillis au cours d’une interview qu’a bien voulu nous accorder Benjamin Prévotelle. Nous nous excusons de n’avoir point plus de détails à fournir à son sujet. Comment en serait-il autrement ? Benjamin Prévotelle a vingt-trois ans. Nous donnerons… »