Page:Leblanc - Le rayon B, paru dans Je sais tout, 1919.djvu/32

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JE SAIS TOUT

supposer que la lumière puisse constituer l’agent des transmissions observées. Les lois de la diffraction s’opposent en effet, de la façon la plus absolue, à la propagation rigoureusement rectiligne des rayons lumineux, et, par suite, à la formation et à la réception des images aux distances exceptionnelles envisagées actuellement. Non seulement les lois de l’optique isométrique ne sont qu’une approximation assez grossière, mais encore les réfractions compliquées qui se produiraient inévitablement dans les atmosphères terrestres et vénusiennes viendraient troubler les images optiques : le veto de la Science est donc formel en ce qui concerne la possibilité de ces transmissions optiques.

« Je croirais d’ailleurs volontiers que les habitants de Vénus ont déjà essayé de correspondre avec nous par l’intermédiaire de signaux lumineux, et que, s’ils ont renoncé à ces essais, c’est précisément que l’imperfection de notre science humaine les rendait inutiles. On sait en effet que Lowell et Schiaparelli ont aperçu, à la surface de Vénus, des points brillants et d’éclat fugitif qu’ils ont eux-mêmes attribués, soit à des éruptions volcaniques, soit plutôt aux tentatives de correspondance dont je viens de parler.

« Mais la science ne nous empêche pas de nous demander si, devant l’insuccès de ces tentatives, les habitants de Vénus n’ont pas eu recours à un autre genre de correspondance. Comment ne pas penser, par exemple, aux rayons X, dont le cheminement, rigoureusement rectiligne, permettrait la formation d’images aussi nettes qu’on peut le désirer ? De fait, il n’y a pas d’impossibilité à ce que ces rayons soient employés pour l’émission reçue sur l’écran de Meudon, bien que la qualité de la lumière analysée au spectroscope rende cette supposition fort improbable. Mais comment expliquer par les rayons X la prise des vues terrestres dont nous avons vu sur l’écran le dessin animé ? Nous savons bien, si nous reprenons l’exemple concret auquel je me référais tout à l’heure, nous savons bien que ni les frères Montgolfier, ni le paysage environnant n’émettaient de rayons X. Ce n’est donc pas par l’intermédiaire de ces rayons que les Vénusiens auraient pu capter l’image qu’ils nous ont ensuite transmise.

« Voilà donc épuisées toutes les possibilités d’une explication qui se rattacherait aux données actuelles de la science. Je dis très nettement qu’aujourd’hui, dans ce mémoire, je n’aurais pas osé m’aventurer sur le terrain des hypothèses et proposer une solution à laquelle se trouvent mêlés mes propres travaux, si Noël Dorgeroux lui-même ne m’y avait en quelque sorte autorisé. J’ai publié en effet, il y a un an, une brochure intitulée « Essai sur la gravitation universelle » qui a passé inaperçue, mais qui a dû être l’objet de l’attention particulière de Noël Dorgeroux, puisque son neveu, Victorien Beaugrand, a trouvé mon nom inscrit sur ses papiers, et que Noël Dorgeroux n’a pu connaître mon nom que par cette brochure. Or, eût-il pris la peine de l’inscrire si la théorie des rayons de gravitation que je développe en cette brochure ne lui avait pas paru s’adapter exactement au problème soulevé par sa découverte ?

« Qu’on veuille donc bien se reporter à ma brochure. On y verra les résultats, vagues encore mais non point négligeables, que j’ai pu obtenir par mes expériences relatives à ce rayonnement. On y verra qu’il se propage en direction rigoureusement rectiligne, et avec une vitesse triple de celle de la lumière (il ne lui faut donc pas plus de quarante-six secondes pour atteindre Vénus lorsqu’elle est le plus rapprochée de la Terre). On y verra enfin que, si l’existence de ces rayons, grâce auxquels l’attraction universelle s’exerce suivant les lois newtoniennes, n’est pas encore admise, et si je ne suis pas encore parvenu à les rendre visibles par des récepteurs appropriés, je donne cependant de leur existence des preuves qui doivent être prises en considération. Et l’approbation de Noël Dorgeroux est aussi une preuve qu’on n’a pas le droit de négliger.

« D’autre part, il est permis de croire que, si notre pauvre science rudimen-