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LE RAYON B
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vers elle et qui lui prit les lèvres tandis qu’elle s’abandonnait sur son épaule.

Couple passionné, qui nous troubla certes, comme le couple d’Italie, par tout ce qu’il y avait en lui de désir et de langueur, mais combien plus encore par l’idée que c’était un couple qui vivait, devant nous et à l’heure actuelle, sa véritable vie d’autrefois ! Nos sensations n’étaient plus celles des séances précédentes, encore pleines d’hésitation et d’ignorance. Nous savions maintenant. En cet après-midi de notre époque, nous regardions vivre des êtres du quinzième siècle. Ils ne répétaient pas pour notre plaisir des gestes déjà exécutés. Ils les accomplissaient pour la première fois dans le temps et dans l’espace. C’était leur premier baiser d’amour.

Cela, cette sensation de voir cela, c’est une sensation qui dépasse toutes celles que l’on peut imaginer ! Voir le passé, non point en évocation, mais en réalité ! Voir un page et une demoiselle à hennin qui se baisent la bouche !

Voir, comme nous le vîmes aussitôt après, une colline grecque ! Voir l’Acropole sous son ciel d’il y a deux mille ans, avec ses jardins et ses maisons, avec ses palmiers, avec ses ruelles, avec ses Propylées, avec ses temples, avec le Parthénon, non point en ruines, mais dans sa splendeur et dans son intégrité. Le Parthénon ! Un peuple de statues l’environne. Des hommes et des femmes en montent les marches. Et ce sont des Athéniens et des Athéniennes du temps de Périclès ou de Démosthène !

Ils vont. Ils se croisent. Ils causent. Puis ils s’effacent. Une petite rue descend entre deux murs blancs, toute déserte. Un groupe passe et s’en va, laissant derrière lui un homme et une femme qui s’arrêtent soudain, regardent autour d’eux, et s’embrassent ardemment. Et nous voyons, au dessous du voile qui ceint le front de la femme, deux grands yeux noirs dont les paupières battent