Page:Leblanc - Les Dents du Tigre, paru dans Le Journal, du 31 août au 30 octobre 1920.djvu/160

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prices… même pas… je ne me souviens même pas du passé !… Tandis que Florence… Il faut l’arrêter, Mazeroux… Il faut me délivrer de ses yeux… Ils me brûlent… C’est du poison. Si tu ne me délivres pas, je la tuerai comme Dolorès… ou bien on me tuera… ou bien… Oh ! je ne sais pas toutes les idées qui me déchirent… C’est qu’il y a un autre homme… il y a Sauverand qu’elle aime… Ah ! les misérables… Ils ont tué Fauville, et l’enfant, et le vieux Langernault, et les deux autres dans la grange… et d’autres, Cosmo Mornington, Vérot, et d’autres encore… Ce sont des monstres… Elle surtout… Et si tu voyais ses yeux…

Il parlait si bas que Mazeroux l’entendait à peine. Son étreinte s’était desserrée, et il semblait terrassé par un désespoir, qui surprenait chez cet homme si prodigieux d’énergie et de maîtrise.

— Allons, patron, dit le brigadier en le relevant, tout ça c’est du chichi… Des histoires de femme… Je connais ça… J’y ai passé comme tout un chacun… Mme Mazeroux… Mon Dieu, oui, pendant votre absence, je me suis marié. Eh bien ! Mme Mazeroux n’a pas été ce qu’elle aurait dû être. J’ai beaucoup souffert… Mme Mazeroux…

Il l’amenait tout doucement vers la voiture et l’installait sur la banquette du fond.

— Reposez-vous, patron… La nuit n’est pas trop froide, et les fourrures ne manquent pas… Le premier paysan qui passe, au petit matin, je l’envoie chercher ce qu’il nous faut à la ville voisine… et des provisions aussi, car je meurs de faim. Et tout s’arrangera… Tout s’arrange avec les femmes… Il suffit de les ficher à la porte de sa vie… à moins qu’elles ne prennent les devants elles-mêmes… Ainsi Mme Mazeroux…

Don Luis ne devait jamais savoir ce que Mme Mazeroux était devenue. Les crises les plus violentes n’avaient pas le moindre retentissement sur la paix de son sommeil. Il s’endormit presque aussitôt.


Il était tard le lendemain quand il se réveilla. À sept heures du matin seulement, Mazeroux avait pu héler un cycliste qui filait vers Chartres. À neuf heures il partait.

Don Luis avait repris tout son sang-froid. Il dit au brigadier :

« J’ai lâché des tas de sottises cette nuit. Je ne les regrette pas. Non, mon devoir est de tout faire pour sauver Mme Fauville et pour atteindre la vraie coupable. Seulement c’est à moi que cette tâche-