Page:Leblanc et Maricourt - Peau d’Âne et Don Quichotte, paru dans Le Gaulois, 1927.djvu/103

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ils dans les mains de M. des Aubiers, qui connaît si bien la cassette pleine d’or de Folette ?

Le pauvre enfant sentait presque la folie le gagner. Il avait besoin d’un confident, d’un conseiller…

Qui ? Sa mère ? Non, une pudeur mal définie l’arrêtait. François, le petit homme si pratique ? Il ne l’aimait qu’à demi, et ne disait-on pas qu’il venait de partir pour un voyage d’étude en Angleterre ?

Tout à coup, une idée lumineuse tomba dans son cerveau comme une étoile filante.

Le Prince charmant.

Mais oui. À mesure que les rudes leçons de la vie le dégageaient des fantasmes et lui donnaient conscience des réalités humaines, Pierre sentait s’évanouir ses rêves. Il comprenait bien maintenant que le Prince charmant n’était, comme l’avait dit M. des Aubiers, qu’un peintre qui, pendant les vacances, gagnait sa vie comme il pouvait.

Pourquoi ne pas consulter ce sympathique jeune homme dont on lui avait naguère indiqué la demeure ? Il connaissait si bien Folette ! Il chercherait avec lui.

Toute idée est un commencement d’acte. Résolument, Pierre prit la route du bourg dans le flamboiement de midi qui, à l’heure de la sortie des usines, faisait là-bas crier les sirènes comme de grands monstres.

Ce contact avec la vie active des hommes intimidait un peu Pierrot. Tant mieux ! Il faut savoir se vaincre tout le premier quand on combat le bon combat… Après avoir marché un quart d’heure sur la route blanche, il entra résolument dans une petite auberge affreuse et banale, dont les murs trop légers de brique rouge s’élevaient non loin des fabriques fumeuses.

Affairé au milieu des casseroles aux douteuses senteurs, l’hôtelier lui dit que le peintre était chez lui. Pierre monta sans hésiter. Son cœur s’allégeait. Il sentait proche l’heure du salut, du réconfort… l’heure à laquelle, dans le désarroi de la nuit sombre, on attend le secours de « l’ami ».

L’ami ? Pierre le connaissait bien peu cependant, ce jeune peintre, mais il semblait si fin, si doux, — nous le répétons encore — et il savait si bien que dans les livres la beauté est la livrée nécessaire à la bonté.

Il trouva le Prince charmant (Victor Bucaille de son vrai nom, avait dit l’hôtelier) dans une petite chambre en désordre où celui-ci bouclait sa valise.

— Bonjour, mon petit Pierre, lui dit le peintre sans chaleur.

Il était très affairé dans ses préparatifs.

Devant cet accueil, Pierre sentit tomber son enthousiasme. Il fut gauche tout à coup, il chercha ses phrases.

— Bonjour, je suis venu… je suis venu…

— Me dire adieu. C’est gentil.

— Comment ! Vous partez ! Vous deviez rester toutes les vacances ?

— Oui, fit le peintre. J’ai reçu un télégramme… Ma mère malade. Je suis pressé.