Page:Leblanc et Maricourt - Peau d’Âne et Don Quichotte, paru dans Le Gaulois, 1927.djvu/55

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fantastiques dansent la sarabande dans la brume qui flotte. On les distingue assez bien pour que Violette terrifiée murmure, la voix blanche :

— C’est des nains !

Des nains ? Est-ce possible ? Des nains, est-ce que cela existe ? Cependant, comment douter ? Ces petits êtres ont à peine la taille d’adolescents et de longues barbes descendent en tire-bouchons jusque sur leurs poitrines.

Le spectacle est épouvantable.

— Ils sont six, compte Pierre qui affecte une certaine assurance.

— Et regarde donc leurs costumes, reprend Violette. Ils sont tous en blanc ! On dirait qu’ils ont leurs chemises de nuit par-dessus leurs vêtements.

— Pas du tout. Ce sont des robes comme en avaient les druides.

— Oui, c’est vrai. Comme ils doivent être vieux ! Leurs barbes aussi sont toutes blanches. Regarde ! Regarde ! Les voilà qui dansent.

En effet, les horribles petits monstres se sont pris par la main. Sans doute ont-ils éventé la présence de Pierre et de Violette, car ils regardent de leur côté avant de commencer leur diabolique sarabande. Frénétiquement ils hochent leur affreuse petite tête à demi-cachée dans des capuchons, et les voilà qui tournent, qui tournent éperdument en chantant d’une voie aiguë :

Pic pac pan-pan,
Pic pic pan-pan,
On va rôtir des chats blancs !
Pac pic pan-pan,
Pic pac pan-pan,
Puis on croquera des enfants !

Au milieu d’eux flambe maintenant un feu de joie qui tout à l’heure courait sous les fagots. Ils lancent dedans des pastilles, magiques sans doute, car la flamme s’élève haute et claire dans un crépitement terrible. Verts, rouges ou jaunes, les feux sataniques éclairent tour à tour de lueurs étranges les odieux visages de ces petits monstres vomis de l’enfer. Au-dessus de la barbe blanche leurs figures sont affreusement rouges. On les discerne mieux.

— Ils ont tous des molletières, fait Violette, la voix tremblante.

— Non, ce sont des bandelettes comme en avaient les Gaulois, réplique Pierre.

— C’est juste.

Le refrain reprend de plus belle :

Pic pac pan-pan,
Pic pic pan-pan,
On va rôtir des chats blancs !
Pac pic pan-pan,
Pic pac pan-pan,
Puis on croquera des enfants !

Horreur ! Est-ce une hallucination de Pierre et de Violette ? Le plus grand des nains : un maigre vieillard à la barbe en éventail, celui qui a l’épaule chargée d’un olifant dont il sonnait tout à l’heure, arrête la ronde d’un geste impérieux. De sa gibecière, il sort une pauvre loque, de blanc poilue, dont la queue pend inerte. C’est le cadavre d’un chat infortuné qu’il jette sur les cendres chaudes.

Pic pac pan-pan,
Pac pic pan-pan,
On va rôtir des chats blancs !

— « Puis on croquera des enfants », ajoute Violette moitié curieuse, moitié terrorisée. Ils sont armés, Pierre ! Deux d’entre eux ont des pioches qui brillent à la flamme. Je n’ai pas du tout envie d’être croquée !