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CHRISTINE.


— Au rire joyeux de ta lèvre rose,
Mieux qu’au soleil d’or le pré rougissant,
Mon cercueil s’emplit de feuilles de rose ;
Mais tes pleurs amers dans ma tombe close
          Font pleuvoir du sang.

Ne pleure jamais ! Ici-bas tout cesse,
Mais le vrai bonheur nous attend au ciel.
Si tu m’as aimé, garde ma promesse :
Dieu nous rendra tout, amour et jeunesse,
          Au jour éternel.

— Non ! je t’ai donné ma foi virginale ;
Pour me suivre aussi, ne mourrais-tu pas ?
Non ! Je veux dormir ma nuit nuptiale,
Blanche, à tes côtés, sous la lune pâle,
          Morte entre tes bras ! —

Lui ne répond rien. Il marche et la guide.
À l’horizon bleu le soleil paraît.
Ils hâtent alors leur course rapide,
Et vont, traversant sur la mousse humide
          La longue forêt.

Voici les pins noirs du vieux cimetière.
— Adieu, quitte-moi, reprends ton chemin ;
Mon unique amour, entends ma prière ! —
Mais elle au tombeau descend la première,
          Et lui tend la main.