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LE JUGEMENT DE KOMOR.

— Jarle ! J’ai fait selon votre commandement,
Après celui de Dieu, dit le moine. À cette heure,
Ne souillez pas vos mains, Jarle ! soyez clément.

— Sire moine, il suffit. Sors. Il faut qu’elle meure,
Celle qui, méprisant le saint nœud qui nous joint,
Fit entrer lâchement la honte en ma demeure.

Mais la main d’un vil serf ne la touchera point. —
Et le moine sortit ; et Komor, sur la cloche,
Comme d’un lourd marteau, frappa deux fois du poing.

Le tintement sinistre alla, de proche en proche,
Se perdre aux bas arceaux où les ancêtres morts
Dormaient, les bras en croix, sans peur et sans reproche.

Puis tout se tut. Le vent faisait rage au dehors ;
Et la mer, soulevant ses lames furibondes,
Ébranlait l’escalier crevassé de ses bords.

Une femme, à pas lents, très belle, aux tresses blondes,
De blanc vêtue, aux yeux calmes, tristes et doux,
Entra, se détachant des ténèbres profondes.

Elle vit, sans trembler ni fléchir les genoux,
Le crucifix, le bloc, le fer hors de la gaine,
Et, muette, se tint devant le vieil époux.