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LE MASSACRE DE MONA.

Dont l’odeur s’épandit sur le sable marin ;
Et, d’une voix semblable au murmure des chênes,
Il dit : — Monte, fumée, aux étoiles prochaines ! —
Le Très-Sage, debout sur l’autel de granit,
Aspergea d’un rameau la foule et la bénit ;
Puis il reprit, montrant la plage solitaire :

— Voici Mona, voici l’enceinte de la terre !
Et, par la nuit sans borne et le ciel haletant,
L’humanité m’écoute et le monde m’entend.
Une voix a parlé dans les temps ; que dit-elle ?
Qu’enseigne à l’homme pur la Parole immortelle ?
Voici ce qu’elle dit : J’étais en germe, clos
Dans le creux réservoir où dormaient les neuf Flots,
Et Dylan me tenait sur ses genoux énormes,
Quand au soleil d’été je naquis des neuf Formes :
De l’argile terrestre et du feu primitif,
Du fruit des fruits, de l’air et des tiges de l’if,
Des joncs du lac tranquille et des fleurs de l’arbuste,
Et de l’ortie aiguë et du chêne robuste.
Le purificateur m’a brûlé sur l’autel,
Et j’ai connu la mort avant d’être immortel,
Et dans l’aube et la nuit j’ai fait les trois Voyages,
Marqué du triple sceau par le Sage des sages.
Or, serpent tacheté, j’ai rampé sur les monts ;
Crabe, j’ai fait mon nid dans les verts goëmons ;
Pasteur, j’ai vu mes bœufs paître dans les vallées,
Tandis que je lisais aux tentes étoilées ;