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LA FILLE DE L’ÉMYR.

— L’amour est plus fort que le fin acier.
Mieux que sur les monts l’aigle carnassier,
Et plus haut, l’amour monte et va sans trêve.
Qui peut résister à l’amour divin ?
Auprès de l’amour, enfant, tout est vain
          Et tout n’est qu’un rêve ! —

Maisons, grilles, murs, rentrent dans la nuit ;
Le jardin se trouble et s’évanouit.
Ils s’en vont tous deux à travers la plaine,
Longtemps, bien longtemps, et l’enfant, hélas !
Sent les durs cailloux meurtrir ses pieds las
          Et manque d’haleine.

— Ô mon cher seigneur, Allah m’est témoin
Que je t’aime, mais ton royaume est loin !
Arriverons-nous avant que je meure ?
Mon sang coule, j’ai bien soif et bien faim ! —
Une maison noire apparaît enfin.
          — Voici ma demeure.

Mon nom est Jésus. Je suis le pêcheur
Qui prend dans ses rets l’âme en sa fraîcheur.
Je t’aime, Ayscha ; calme tes alarmes ;
Car, pour enrichir ta robe d’hymen,
Vois, j’ai recueilli, fleur de l’Yémen,
          Ton sang et tes larmes !