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LES DEUX GLAIVES.


Mais son esprit flamboie et brûle de sa lave
Le vieux Victor, Urbain, qui pousse l’Occident
Par tourbillons armés contre l’Islam ardent,
Et Pascal, le nouvel élu du saint Conclave.

Dans un noir carrefour d’une antique cité,
Au fond d’une masure où souffle une âpre bise,
Sur la paille mouillée un vieillard agonise,
Sans un être vivant qui veille à son côté.

Des larmes lentement brûlent sa blême joue.
Étendu sur le dos, l’œil terne, haletant,
Il tressaille et roidit les bras, et par instant
Il parle d’une voix qu’un râle affreux enroue :

— À moi, mes chevaliers, mes Saxons, mes Lombards !
Haut la lance et le glaive ! Allemagne, Italie,
En avant ! Que le cri de César vous rallie !
Faites flotter au vent les royaux étendards !

J’ai froid, seigneur Jésus ! Seigneur, je vous conjure,
Épargnez cette angoisse effroyable à ma fin...
Ô Seigneur Christ ! Le chef du Saint Empire a faim !
Son fils est parricide, et son peuple est parjure.

Qui m’appelle ? Est-ce toi, mauvais moine, qui viens
Insulter ton César qui meurt sans funérailles ?
Va-t’en ! J’ai combattu dans soixante batailles !
Mes Évêques trois fois ont démenti les tiens.