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POÈMES BARBARES.


Mes Évêques ! Ils ont élu, sous mon épée,
Le vrai Pape, Guibert de Ravenne, Clément !
Les lâches m’ont trahi depuis impudemment,
Et, ma puissance morte, ils l’ont dite usurpée.

Ô honte ! Et j’ai ployé sous ta verge de fer !
Et me voici, vieux, pauvre, affamé, misérable,
Râlant sur ce fumier d’angoisse inénarrable !
Pourquoi ne viens-tu pas, si c’est ici l’Enfer ?

Ah ! Tu frappais les Oints du Seigneur sur leur trône,
Antéchrist ! Moi, j’ai pris ta ville et t’ai chassé
Comme un loup par la meute en son antre forcé...
Jésus ! La faim me ronge et l’horreur m’environne ! —

La voix baisse et s’éteint. On entend au dehors
Les maigres chiens, vaguant par la nuit en tourmente,
Qui flairent tous les seuils de la cité dormante
Et hurlent, comme ils font à la piste des morts.

La voix reprend : — Ah ! ah ! Les démons sont en quête,
Les bons limiers que nul n’a surpris en défaut !
Holà, chiens ! C’est la chair de César qu’il vous faut.
Venez, l’heure est propice et la curée est prête !

Meurs donc, ô mendiant ! Meurs, excommunié,
Qui tenais dans ta main la Germanie et Rome !
Deux fois sacré, devant le ciel et devant l’homme,
Et que l’homme et le ciel et la terre ont nié !