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POÈMES BARBARES.

Chauves-souris, hiboux, guivres, dragons volants,
Ayant la face humaine avec les yeux dolents,
Tels que Virgilius le disait des Harpies.
Ils tournoyaient du fond des villes assoupies,
Sortant par noirs essaims, démons lâches et laids,
De la sainte abbaye autant que du palais.
Ils avaient nom la Peur, la Honte et la Sottise,
Appétits empêchés que l’impuissance attise,
Ambition inepte et blême Vanité,
Attrait de faire mal avec impunité,
Rancune inexorable et Parole mentie,
Poison dans l’eau bénite et poison dans l’hostie,
Haine sans but, Fureurs sans brides et sans mors,
Bave sur les vivants et bave sur les morts !

Et voici que j’ai vu, par les ombres nocturnes,
S’amasser en un bloc les Oiseaux taciturnes,
Se fondre étroitement comme s’ils n’étaient qu’un :
Bête hideuse ayant la laideur de chacun,
Araignée avec dents et griffes, toute verte
Comme un Dragon du Nil, et d’écume couverte,
Écume de fureur muette et du plaisir
De souiller pour autrui ce qu’on ne peut saisir.
Sa bouche en était pleine, et pleine sa paupière ;
Et ce venin mordait l’or et creusait la pierre,
Et, quand il atteignait l’homme juste et puissant,
Il n’en restait qu’un peu de fange avec du sang.
Donc, remuant la nuit de ses ailes sans nombre,