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LES PARABOLES DE DOM GUY.

Cette Bête rôdait lugubrement dans l’ombre.
Or, j’ai vu, du couchant, venir le Foudroyé
Qui devant le Seigneur son Dieu n’a point ployé,
L’Archange porte-flamme où s’allumaient les astres,
Dont les cieux autrefois ont pleuré les désastres,
Et qui, vil et méchant, lâche, impur et menteur,
De la race maudite horrible tourmenteur
Dont la poix et le soufre enseignent les approches,
Règne piteusement sur les pals et les broches.
Il venait d’Aragon, de Rome et d’Avignon,
Le noir Sire, ayant pris Judas pour compagnon,
Et, tenant par la peau du ventre Ischariote,
S’en retournait avec ce vieux compatriote.
Et la Bête au-devant du Maître s’envola.

Et j’ai vu l’Orient s’entr’ouvrir, et voilà
Que trois Formes d’azur, de lumière et de grâce,
Laissant trois fleuves d’or ruisseler sur leur trace,
Montaient d’un même trait dans le ciel réjoui,
Sans voir le monstre terne et Satan ébloui ;
Et j’ai vu que c’étaient, en pure gloire égales,
Les trois Roses, les trois Vertus théologales.

La Bête dit, sifflant de rage : — Par malheur,
Si haut, je ne les puis atteindre ! Arrache-leur
Une aile, Maître, et prends les miennes en échange.
— Aucune, dit Satan, n’en a, n’étant point Ange,
Mais impalpable idée et divin sentiment.