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LA VIGNE DE NABOTH.


Qu’il a dormi cent nuits dans l’antre noir ouvert
Aux gorges de l’Horeb ; auprès des puits sans onde,
Qu’il a hurlé de soif dans le feu du désert ;

Et qu’en ce siècle impur, en qui le mal abonde,
Son maître a flagellé d’un fouet étincelant
Et poussé sur les Rois sa course vagabonde.

Or, les chevaux, soudain, se cabrent, reculant
D’horreur devant ce spectre. Ils courent, haut la tête,
Ivres, mâchant le mors, et l’épouvante au flanc.

Arbres, buissons, enclos, rocs, rien ne les arrête :
Ils courent, comme un vol des démons de la nuit,
Comme un champ d’épis mûrs fauchés par la tempête.

Tel, dans un tourbillon de poussière et de bruit,
Malgré les cavaliers pleins d’une clameur vaine,
Le cortège effaré se disperse et s’enfuit.

L’attelage, ébranlant le chariot qu’il traîne,
Se couche, les naseaux dans le sable, et le Roi
Sent tournoyer sa tête et se glacer sa veine.

Lentement il se lève, et, tout blême d’effroi,
Regarde ce vieillard sombre, que nul n’oublie,
Immobile, appuyé contre l’humble paroi.

Akhab, avec un grand frisson, dit : — C’est Élie !