Page:Leconte de Lisle - Poèmes barbares.djvu/74

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
64
POÈMES BARBARES.


De chêne entrelacé de houx leur tempe est ceinte.
Ils allument soudain les sanglants tourbillons
D’un bûcher dont le vent fouette la flamme sainte.

Ils parlent, déroulant les incantations,
Conviant tous les Dieux qui hantent les orages,
Par qui le jour s’éclipse aux yeux des nations.

Comme un lourd océan sorti de ses rivages,
A leur voix la nuit morne engloutit le soleil,
Et l’éclair de la foudre entr’ouvre les nuages.

Puis l’horizon se tait, aux tombeaux sourds pareil ;
Le vent cesse, la vie entière est suspendue :
Terre et ciel sont rentrés dans l’inerte sommeil.

Tout est noir et sans forme en l’immense étendue.
Sous l’air pesant où plane un silence de mort
Le chariot s’arrête en sa route perdue.

Mais l’Étranger, du doigt, effleure sans effort
Son front baissé, son sein, selon l’ordre et le nombre :
Des quatre points qu’il touche un flot lumineux sort.

Et les quatre rayons, à travers la nuit sombre,
D’un éblouissement brusque et mystérieux
Tracent un long chemin qui resplendit dans l’ombre.