Page:Leconte de Lisle - Poëmes antiques, 1852.djvu/280

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<poem style="margin-left:4em; font-size:110%"> Mais le festin s’achève, et sur sa large main Le Centaure pensif pose un front surhumain. Un long rêve surgit dans son âme profonde ; Son œil semble chercher un invisible monde ; Son oreille, attentive aux bruits qui ne sont plus Entend passer l’essaim des siècles révolus. Il s’enflamme aux reflets de leur antique gloire, Comme au vivant soleil luit une tombe noire ! Tels qu’un écho lointain qui meurt au fond des bois, Des sons interrompus expirent dans sa voix, Et de son cœur troublé l’élan involontaire Fait qu’il frappe soudain des quatre pieds la terre. Comme pour embrasser des êtres bien aimés, Il ouvre à son insu des bras accoutumés ; Il remonte les temps, il s’écrie, il appelle, Et sur son front la joie à la douleur se mêle.