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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Mais il n’a pas encor fini toute sa tâche :
Vient un autre combat plus secret, traître et lâche ;
Sous son bras, sur son cœur se livre celui-là ;
Et, plus ou moins, la Femme est toujours Dalila.

« Elle rit et triomphe ; en sa froideur savante,
Au milieu de ses sœurs elle attend et se vante
De ne rien éprouver des atteintes du feu.
À sa plus belle amie elle en a fait l’aveu ;
Elle se fait aimer sans aimer elle-même ;
Un maître lui fait peur. C’est le plaisir qu’elle aime ;
L’Homme est rude et le prend sans savoir le donner.
Un sacrifice illustre et fait pour étonner
Rehausse mieux que l’or, aux yeux de ses pareilles,
La beauté qui produit tant d’étranges merveilles
Et d’un sang précieux sait arroser ses pas.
— Donc, ce que j’ai voulu, Seigneur, n’existe pas ! —
Celle à qui va l’amour et de qui vient la vie,
Celle-là, par orgueil, se fait notre ennemie.
La Femme est, à présent, pire que dans ces temps
Où, voyant les humains, Dieu dit : « Je me repens ! »
Bientôt, se retirant dans un hideux royaume,
La Femme aura Gomorrhe et l’Homme aura Sodome ;
Et, se jetant, de loin, un regard irrité,
Les deux sexes mourront chacun de son côté.

« Éternel ! Dieu des forts ! vous savez que mon âme
N’avait pour aliment que l’amour d’une femme,
Puisant dans l’amour seul plus de sainte vigueur
Que mes cheveux divins n’en donnaient à mon cœur.
— Jugez-nous. — La voilà sur mes pieds endormie.
Trois fois elle a vendu mes secrets et ma vie,