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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

pénétrante ne saurait démêler qu’une confuse réminiscence dans ce produit vivant d’un art achevé et que si elle voulait marquer d’un nom ce fruit nouveau, elle serait contrainte d’y rattacher simplement le nom du poète. »

Julien-Auguste-Pélage Brizeux est né à Lorient le 12 septembre 1803. Sa famille était originaire de l’Irlande, de cette verte Érin, qu’il aimait comme une seconde patrie, et qu’il a tant de fois, dans ses chants, associée à la Bretagne :


Car les vierges d’Eir-inn et les vierges d’Arvor
Sont des fruits détachés du même rameau d’or.


Les Brizeux (Brizeuk, Breton, de Breiz, Bretagne) seraient venus en France après la révolution de 1688, lorsque Guillaume d’Orange eut détrôné Jacques II. Ils s’établirent au bord de l’Ellé, à l’extrémité de la Cornouaille, aux confins du pays de Vannes.

Brizeux n’a pas joui de toute sa renommée : discret, farouche, fuyant les routes tumultueuses, il aimait avec passion les secrets sentiers de la Muse, aussi soigneux d’éviter le bruit que d’autres sont ardents à le chercher. Avec cette pudeur de l’esprit, avec cette grâce fière et sauvage, on s’expose à l’oubli dans un temps comme le nôtre.

Le Jour où le poète breton s’éteignit, le jour où l’on apprit que cette voix si mâle et si douce ne se ferait plus entendre, toutes les sympathies cachées éclatèrent. Il était mort loin des siens, loin de la Bretagne et de Paris ; d’un bout de la France à l’autre, partout où il y avait des âmes dignes de ressentir les émotions du beau, ce fut un concert de louanges et de regrets.

On a dit que Brizeux, après les vives impressions de son enfance, avait traversé une période toute différente, que le sentiment breton s’était effacé chez lui pour ne reparaître que bien plus tard, au moment où il prit la plume et se mit à chanter ses landes natales. La France avait été cruellement éprouvée à la suite des guerres de l’Empire : comment s’étonner qu’une âme ardente et généreuse ait été entraînée de ce côté ? Il y a, en effet, toute une période où l’élève du curé d’Arzannô paraît s’occuper beaucoup plus de la France que de la Bretagne. En 1819, Brizeux, âgé de seize