Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t1, 1887.djvu/249

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
225
AMÉDÉE POMMIER.

Mais on n’a pas toujours de ces bonnes fortunes,
Comme Horace et Pétrarque en ont eu quelques-unes.
Le parfait, l’absolu, même en petit, n’est pas
Chose facilement accessible ici-bas.
Ce modèle idéal, qui dans notre esprit flotté,
De l’art qu’il décourage intangible asymptote,
On veut en vain l’atteindre et le réaliser.
Quand même notre cœur viendrait à se briser,
Nous ne pleurons pas tous de ces larmes divines
Que le temps cristallise et change en perles fines !


______



BIEN PERDU




Entre quinze et vingt ans, le cœur tout neuf, qui sort
De sa torpeur première et qui commence à vivre,
S’enflamme quelquefois tout de bon, et s’enivre,
Dans un profond secret, d’un amour grand et fort.

Honteux de laisser voir cette ardeur qui le mord,
C’est sous un dehors calme et serein qu’il s’y livre ;
Et l’on se dit, craignant les troubles qui vont suivre :
N’éveillons pas trop tôt le cœur d’enfant qui dort.

Grâce aux cachets, fermoirs et scellés qu’on y pose,
Homme et femme, à cet âge, ont l’âme si bien close,
Qu’on n’en peut soupçonner les intimes combats.

On serait bien surpris, si l’on pouvait y lire : —
Combien, dans leur jeunesse, ont aimé sans le dire !
Combien furent aimés, qui ne le sauront pas !


______