Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t1, 1887.djvu/335

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ALFRED DE MUSSET.


XIV


Nous faut-il perdre encor nos têtes les plus chères,
Et venir en pleurant leur fermer les paupières,
Dès qu’un rayon d’espoir a brillé dans leurs yeux ?
Le ciel de ses élus devient-il envieux ?
Ou faut-il croire, hélas ! ce que disaient nos pères,
Que lorsqu’on meurt si jeune on est aimé des dieux ?


XV


Ah ! combien, depuis peu, sont partis pleins de vie !
Sous les cyprès anciens que de saules nouveaux !
La cendre de Robert à peine refroidie,
Bellini tombe et meurt ! Une lente agonie
Traîne Carrel sanglant à l’éternel repos.
Le seuil de notre siècle est pavé de tombeaux.


XVI


Que nous restera-t-il si l’ombre insatiable,
Dès que nous bâtissons, vient tout ensevelir ?
Nous qui sentons déjà le sol si variable,
Et sur tant de débris marchons vers l’avenir,
Si le vent sous nos pas balaye ainsi le sable,
De quel deuil le Seigneur veut-il donc nous vêtir ?