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VICTOR DE LAPRADE.



BÉATRIX




Gloire au cœur téméraire épris de l’impossible,
Qui marche, dans l’amour, au sentier des douleurs,
Et fuit tout vain plaisir au vulgaire accessible.

Heureux qui sur sa route, invité par les fleurs,
Passe et n’écarte point leur feuillage ou leurs voiles,
Et, vers l’azur lointain tournant ses yeux en pleurs,

Tend ses bras insensés pour cueillir les étoiles.
Une beauté, cachée aux désirs trop humains,
Sourit à ses regards, sur d’invisibles toiles ;

Vers ses ambitions lui frayant des chemins,
Un ange le soutient sur des brises propices ;
Les astres bien aimés s’approchent de ses mains ;

Les lis du paradis lui prêtent leurs calices.
Béatrix ouvre un monde à qui la prend pour sœur,
À qui lutte et se dompte et souffre avec délices,

Et goûte à s’immoler sa plus chère douceur ;
Et, joyeux, s’élançant au delà du visible,
De la porte du ciel s’approche en ravisseur.

Gloire au cœur téméraire épris de l’impossible !



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