Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t1, 1887.djvu/422

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
394
ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


De quelque titre qu’on te nomme,
Toi qui viens pour me délier,
Retire-roi ! Tu n’es qu’un homme,
Et je veux tous les oublier.

Où je vais tu ne peux me suivre,
Laisse-moi donc en paix aller ;
Ce monde où tu dis qu’on va vivre,
Le connais-tu, pour m’en parler ?

Je pars sans plainte ni faiblesse,
Ainsi qu’un hôte maltraité
S’enfuit d’un logis dont l’hôtesse
Fait payer trop cher sa bonté.

Ai-je été contempteur impie
Du destin qui me fut offert ?
À ta voix qui me dit : « Expie ! »
Je puis répondre : « J’ai souffert ! »

Pour mon salut tu veux m’absoudre ?
Absous-moi donc d’avoir vécu !
Se repentir, c’est se résoudre
À confesser qu’on est vaincu.

Lutteur forcé de l’existence
Et lutteur toujours empêché,
Moi j’appelle « ma résistance »
Ce que tu nommes « mon péché. »

Quelle eau laverait, quel baptême
Effacerait ma volonté ?
Mon péché ?… Mais c’est tout moi-même
Dans le temps et l’éternité.



______