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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.

Certaines des Élégies antiques, telles que Le Bûcher de la Lyre, ne sont point sans mérite ; mais elles ont été éclipsées par la publication des œuvres d’André Chénier, que Millevoye a d’ailleurs connues avant leur impression, car, le premier, il cita des fragments de L’Aveugle dans les notes d’un de ses recueils.

Il restera de Millevoye deux touchantes poésies intimes : Le Poète mourant, — bien que l’auteur des Méditations ait traité le même sujet avec plus d’ampleur lyrique, — et la célèbre Chute des feuilles.

« Pour les sentiments naturels, nous dit encore Sainte-Beuve, pour la rêverie, pour l’amour filial, pour la mélodie, pour les instincts du goût, l’âme, le talent de Millevoye est comme la légère esquisse, encore épicurienne, dont le génie de Lamartine est l’exemplaire platonique et chrétien. »

A. D.


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LE BÛCHER DE LA LYRE




À la fière Cléis tes chants ont pu déplaire ;
Elle a maudit tes chants, ô lyre des amours !
Il faut qu’un sacrifice apaise sa colère :
Tu dois périr ; adieu, Lyre, adieu pour toujours !

« Ô nymphes des coteaux, oréades légères,
Venez ; venez aussi, déités des forêts !
Apportez les parfums des plantes bocagères,
Quelques lauriers, un myrte, et de jeunes cyprès.

« Les dieux aiment les fleurs qui parent la victime :
Couronne-toi de fleurs une dernière fois,
Lyre ! au suprême instant que ta voix se ranime ! »
Et la Lyre en ces mots fit entendre sa voix :