Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t2, 1887.djvu/125

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HENRY MURGER.


LE REQUlEM D’AMOUR
FRAGMENT




Nous étions bien heureux dans la petite chambre,
Quand ruisselait la pluie et que soufflait le vent ;
Assis dans le fauteuil, près de l’âtre, en décembre,
Aux lueurs de tes yeux j’ai rêvé bien souvent.

La houille pétillait ; en chauffant sur les cendres,
La bouilloire chantait son refrain régulier
Et faisait un orchestre au bai des salamandres
            Qui voltigeaient dans le foyer.

Feuilletant un roman, paresseuse et frileuse,
Tandis que tu fermais tes yeux ensommeillés,
Moi je rajeunissais ma jeunesse amoureuse,
Mes lèvres sur tes mains et mon cœur à tes pieds.

Aussi, quand on entrait, la porte ouverte à peine,
On sentait le parfum d’amour et de gaité
Dont notre chambre était du matin au soir pleine,
Car le bonheur aimait notre hospitalité.

Puis l’hiver s’en alla ; par la fenêtre ouverte
Le printemps, un matin, vient nous donner l’éveil.
Et ce jour-là tous deux, dans la campagne verte,
Nous allâmes courir au-devant du soleil.

C’était le vendredi de la sainte semaine,
Et, contre l’ordinaire, il faisait un beau temps :
Du val à la colline et du bois à la plaine,
D’un pied leste et joyeux, nous courûmes longtemps.