Aller au contenu

Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t2, 1887.djvu/176

La bibliothèque libre.
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
158
ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


Lorsque par les chevaux de flamme à l’Orient
            Cent portes sont ouvertes,
Et que, plein de chansons, je m’éveille en riant,
            Il met ses manches vertes.

Tandis que pour chanter les Chloris je choisis
            Ma cithare ou mon fifre,
Lui, forçat du travail, privé de tous lazzis,
            Il met chiffre sur chiffre.

Il fait le compte, ô ciel ! de ses deux milliards,
            Cette somme en démence,
Et, si le malheureux s’est trompé de deux liards,
            Il faut qu’il recommence !

Ô Monselet ! tandis que bravant l’Achéron,
            Chez Bignon tu t’empiffres,
Le caissier de Rothschild dit : « Monsieur le baron !
            Il faut faire des chiffres. »

Oh ! que Rothschild est pauvre ! Il n’a pas vu Lagny ;
            Il n’a jamais de joie.
Le riche est ce poète appelé Glatigny,
            Le riche c’est Montjoye.

Ô Muse ! que Rothschild est pauvre ! Aux bois, l’été,
            Jamais le soleil jaune
Ne l’a vu. C’est pourquoi je suis souvent tenté
            De lui faire l’aumône.

(Occidentales)