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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.


CONTEMPLATION


 

L’azur mouillé, le vent l’essuie ;
Le vent qui vient du mont Ki-Chan,
Lavant le ciel, puis le séchant,
Apporte et remporte la pluie.

Le soleil descend, radieux,
Sur la montagne occidentale,
Tandis qu’au sud la plaine étale
Ses champs plus verts et plus joyeux.

J’arrive à la demeure sainte ;
J’y reçois le touchant accueil
D’un bon vieux prêtre, sur le seuil
D’une mystérieuse enceinte.

Alors, loin de ce monde obscur,
Mon âme, montant vers les cimes,
Se retrempe aux sources sublimes
Que ne ride aucun souffle impur.

Unis dans la même pensée,
Mon hôte et moi, nous épuisons
Les mots humains. Nous nous taisons,
La parole humaine épuisée.

L’oiseau chante, l’arbre est en fleurs,
L’air est plein de douceur divine :
Je sens, je comprends, je devine.
Tous les rayons et tous les pleurs.

(Poèmes de Chine)