Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t3, 1888.djvu/421

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PAUL MARROT.


Un jour, dans l’air mourant, la terre nourricière
Se tarira. Nuls cris de douleur! nuls effrois !
Et l’eau ne vivra plus. Dans l’infini, les froids
Hérissés frapperont une immense glacière.

Alors, les pieux de bois durcis ne seront plus,
Et les rouilles auront dévoré les épées
Aux rigides vigueurs des rivières trempées,
Et les canons aussi, monstres pour toujours tus.

Seuls, les silex, que rien n’entame et ne pénètre,
Sous leur forme vivront, armes des primitifs,
Et, sur la terre en proie aux gels définitifs,
Seuls marqueront la place et l’empreinte du Maître.

Le globe, monde éteint, roulera dépouillé
De sa joie exultante et veuf de ses colères ;
Rien n’en redira plus les combats séculaires,
Tout s’étant effacé, dissous, perdu, rouillé,

Rien, sinon vous, silex taillés, rien qui ressorte,
Sinon vous, qui serez, sur le globe navrant,
Le témoignage amer de l’essor déchirant
Que prit vers l’avenir l’espèce à jamais morte.


(Le Livre des Chaînes)


CE QUI RESTE DES MORTS



Pauvre âne, mon vieil âne, à qui l’on prit la peau
Pour tendre le tambour retentissant au large,
Où donc es-tu ? Voici la flamme du drapeau,
Palpitante et claquante aux souffles de la charge ;