Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/105

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
89
FERNAND ICRES.

Lors, dans le fracas épaissi
Du ru que la pluie a grossi,
Au creux de la roche penchante
Où se tord le lichen roussi,
Entends-tu le hibou qui chante ?

(Dans le foyer plein de cri-cris,
L’hiver, lorsque le chêne incline
Au vent ses rameaux amaigris,
L’aïeule, en fichu de maline,
Aux blancs cheveux de mousseline,
Me disait, une larme au cil :
« Quelqu’un trépasse, c’est ainsi,
Quand gémit cette voix méchante ;
Prions que Dieu l’ait en merci.
Entends-tu le hibou qui chante ? »)

Or, troublé comme un homme gris,
J’écoute en mon âme orpheline
La plainte douce aux cœurs aigris
Verser sa caresse câline
De hautbois et de mandoline :
Un frisson soudain m’a saisi,
Le firmament s’est éclairci,
Et l’exquise musique enchante
Tout le paysage adouci ;
Entends-tu le hibou qui chante ?


ENVOI


Ô la Toute Chère, voici
Que je tombe roide et transi.