Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/151

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AUGUSTE DORCHAIN.

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Lorsque la nuit, qu’étoile une poussière d’or,
               Couvre la ville aux sombres rues,
Sur ce triste pavé songes-tu pas encor
               À d’autres clartés disparues ?

Un enivrant parfum, comme d’un encensoir,
               S’exhale des roses pâlies.
Et le mystérieux apaisement du soir
               Te verse ses mélancolies.

Alors, épris d’un rêve impossible à saisir,
               En ton âme troublée et lasse
Ne suis-tu pas d’un chaste et douloureux désir
               Chaque jeune femme qui passe ?

Il semble que leurs yeux aient gardé les douceurs
               Des illusions éphémères ;
Souvent tu les dirais pures comme nos sœurs
               Et tendres ainsi que nos mères...

Parmi celles, pourtant, qui ce soir ont passé
               Et que tu crois encor vivantes,
Hélas ! combien déjà dont le cœur est glacé,
               Dont les lèvres sont décevantes !

Ami qui comme moi, quand revient le printemps,
               Rêves d’immuables maîtresses
Et portes en ton cœur inquiet de vingt ans
               L’indicible soif des caresses,