Page:Lemerre - Anthologie des poètes français du XIXème siècle, t4, 1888.djvu/473

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.
447
FRANCIS VIEaLÉ-GRIFFIN.

Tout un jour, exaltés en rêves de conquêtes,
Forts du désir impérieux de l’Inconnu,
Nous marchions, et, parfois, un mirage de crêtes
Dentelait l’horizon silencieux et nu :
L’on entendait vibrer la Lyre des poètes.

Mais l’heure choyait lente des cieux ; l’Infini
Montait de l’horizon qui rétrograde, en nappe
Inaltérée, insultante d’azur uni :
Malgré le désaveu railleur de chaque étape
Nous marchions vers le but fébrile du banni ;

Dans l’éblouissement torride de la plaine
Que hérissent les monolithes, jusqu’au soir,
Nous marchions, en rêvant la bienfaisante haleine
D’un bois et l’ombre des palmiers ; mais nul espoir
Ne s’en venait, là-haut, comme un flocon de laine.

La nuit vint ; puis, dans l’aube, alors que nous allions
Par la rive stérile et morne, et par la route,
Apparut, vers le Nord, ainsi que des sillons,
Une ondulation de collines ; et toute
La rive était empreinte au sceau des grands lions.

Nous entrions alors sous des voûtes hautaines,
Ecartant les buissons de ronces emmêlés ;
Entre des troncs noueux de noyers et de chênes
Colossaux et plus vieux que les rocs éboulés,
Des lianes font peser la lourdeur de leurs chaînes.

Plus loin, l’herbe géante, ainsi qu’une forêt,
Vers l’azur entrevu dresse ses cimes blondes
Où le soleil ondule ainsi qu’un flot doré ;
Et puis c’est le murmure accoutumé des ondes,
Et le fleuve, ruisseau maintenant, reparait ;