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ANTHOLOGIE DU XIXe SIÈCLE.



Et, comme ses grands yeux profonds et langoureux
Semblaient poursuivre au loin quelque chimère étrange,
Je voulus qu’un baiser rappelât le cher ange
À la réalité tendre des amoureux.

Mais ses yeux, sous les cils qui sont leurs chastes voiles,
Ont fui l’ardeur de mon regard énamouré ;
J’ai compris le refus à peine murmuré ;
— Ce soir-là nous avions regardé trop d’étoiles.





FAIBLESSE




Je n’ai pas osé contempler les cieux,
Ayant peur de voir s’entr’ouvrir les voiles
Qui me font aimer les blondes étoiles.
— Il était si beau, l’azur de ses yeux !

Je n’ai pas osé scruter le mystère
De l’immensité, désert effrayant
Où s’est égaré plus d’un cœur vaillant.
— Près d’elle j’étais si bien sur la terre !

Je n’ai pas osé penser à demain ;
Qu’importe le temps ? qu’importe l’espace ?
Fallait-il songer que tout meurt et passe,
Quand sa main si douce était dans ma main !

J’ai voulu laisser aux âmes plus fortes
Le savoir amer d’un soleil éteint,
Moi qu’une tristesse indicible atteint
Rien qu’à voir tomber quelques feuilles mortes.