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la triomphatrice


Sorrèze.

Ah ! mon pauvre Claude…


Claude.

Vous-même ne savez pas tout ce que vous lui êtes… Voyez-vous, cette femme qui vit chez vous, que vous embrassez machinalement le matin et le soir, dont le visage est inséparable de votre passé… cette femme que vous appelez : Marie ! et qui vient à vous pour un objet perdu, pour un vêtement froissé…


Sorrèze.

Vous êtes jalouse de cela, Claude ? quand vous avez toutes les forces vives de l’être, quand nous avons mis tout notre talent, qui n’est pas petit, à nous pénétrer l’âme, à nous posséder d’esprit et de cœur ?


Claude.

Elle aura été plus vous que moi-même !


Sorrèze.

Mon grand Claude, est-ce que, même pour les autres, nous ne sommes pas associés, confondus ? Si l’un de nous fait le voyage de l’immortalité, est-ce que nous ne traverserons pas les siècles épaulés comme nous le sommes ? (Il s’appuie fortement à son côté.)


Claude.

Je me demande parfois si je n’ai pas été trop scrupuleuse… s’il ne fallait pas vous arracher au passé, dresser mariage contre mariage, foyer contre foyer… Nous sommes de ceux à qui rien ne résiste.


Sorrèze.

Non, Claude, tout est mieux comme ceci… Il faut épargner les faibles… Nous étions trop forts.