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préface

d’apparaître sous son véritable jour, et mieux vaut que le commentaire vienne de l’esprit le plus intéressé à la compréhension de cette œuvre, c’est-à-dire de l’auteur lui-même.

Qu’il n’accuse donc pas même soi, mais commente, souligne, explique, réplique. Malheur à l’écrivain qui ne dogmatise pas !

Platon a dit qu’« apprendre, c’est se ressouvenir ». Pour les esprits distingués qui viennent à vous, saturés de précédentes littéraires, le cou tordu, à la manière des damnés du Dante, regardant la veille et le passé, c’est comprendre qui est se ressouvenir. On a fait à la Triomphatrice l’honneur de se ressouvenir de Vigny, le poète des supériorités condamnées. C’était romantiser une pièce qui se donnait plutôt comme une petite anticipation, à la Wells, sur certains rapport déjà vrais entre les sexes, et que chaque jour fera plus vrais encore.

À cause du précédent romantique on a vu surtout le fiasco du bonheur chez la femme qui brise ses cadres, qui vaut par elle-même, et vaut plus que les êtres qui l’entourent. Nouveauté de situation, peut-être, mais non de principe, vérité psychologique retournée, observation courante dans la vie des hommes qui se distinguent. On a voulu voir plus banal encore : le cliché « malheur du génie » et surtout, chose extravagante à laquelle MM. Émile Bergerat et Paul Souday ont eu des objections péremptoires, le postulat du génie féminin.

Le mot génie est prononcé deux lois dans la pièce, « à la blague », par l’héroïne elle-même, puis dans une effusion d’amoureux. J’avoue ne m’en être pas défiée, attachant peu d’importance à ce mot vague, qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme. Mais quand même j’aurais cru au « génie » à la manière de MM. Paul Souday et Bergerat, je n’en eusse pas expressément doté mon héroïne, persuadée que, pour être professionnellement supérieure à l’homme aimé, il n’est tout de même pas indispensable a une femme de monter jusque-là. Car la