Page:Lepelletier - Paul Verlaine, 1907.djvu/327

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Mon ami, je vais te parler sérieusement. Tu m’as, dans tes lettres, trop rares, témoigné trop de véritable intérêt pour que je ne vienne pas aujourd’hui te supplier de m’en donner de nouvelles et solides preuves. Les commissions dont je veux te charger sont d’ailleurs excessivement simples ; elles consisteront à répondre au plus vite, et le moins succinctement possible, aux questions suivantes :

1o Il est impossible que tu ne saches pas, par des dénonciations et des indiscrétions, où est ma femme. Le jeune Barrère [M. Camille Barrère, notre ambassadeur actuel à Rome], retour de Paris, me disait dernièrement tenir de toi : « qu’elle n’était pas loin d’une réconciliation ». Mais j’ai pensé que c’était là parole délicate et discrète de toi, pour prévenir et clore toute conversation à ce sujet.

D’autre part, permets que je garde sur les noms une discrétion promise : on m’a fait dire qu’il n’était que temps que je revienne, qu’il n’était que grand temps, sans plus d’explications. Et c’est sur ce dernier avis que j’ai risqué ce voyage de Paris, si mal à propos empêché.

Une lettre de ma femme, reçue à Namur, où, par parenthèse, j’ai cru mourir encore une fois, de je ne sais quelle attaque cérébrale (n’en parle pas surtout à ma mère !) me signifiait de n’avoir plus à l’obséder de lettres.

Il faut te dire que je n’ai cessé de lui représenter tout l’odieux, tout le ridicule, toute l’inutilité d’un procès, qu’il me semble impossible de ne pas gagner, tout cela dans les termes les plus raisonnables et les plus touchants.

Il est hors de doute qu’un pareil revirement dans cette tête de 19 ans, car avant l’aventure de Bruxelles, dont je t’ai parlé, ce n’était, dans ses lettres au moins, après mon départ, bien entendu, que protestations affectueuses et appels sans fin, auxquels je n’ai jamais opposé, de mon côté, qu’appels aussi, redoutant déjà ce qui arrive, et protestations non moins affectueuses, il est hors de doute, dis-je, que ce revirement, qui a été jusqu’à brusquement abandonner ma mère, très malade de tout cela, à propos d’une pension alimentaire jugée trop élevée par moi, c’est uniquement une chose de famille, ou même un entêtement qui supposerait trop de sottise. Dieu me préserve d’émettre un soupçon ! Mais malheureusement je connais la maison, les idées « novatrices », le milieu « artisse »,