Page:Lepelletier - Paul Verlaine, 1907.djvu/436

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d’une simplicité incomparables, des accents funèbres et familiers, qui vous font vibrer l’être, tout comme au son mélancolique et grave du violoncelle. Peu de poèmes sont d’une intensité aussi profonde que cette pièce courte, où il évoque les rencontres d’autrefois avec le cher disparu. Il parle de la gare d’Auteuil comme d’un paradis, puisqu’il devait l’y rencontrer, et il se rappelle avec une joie douloureuse ses stations :


… Au bas du rapide escalier,
Dans l’attente de toi, sans pouvoir oublier
Ta grâce, en descendant les marches, mince et leste,
Comme un ange, le long de l’échelle céleste.


Les deux amis s’en vont sous les arbres, devisant, abordant même des points de théologie, de métaphysique, le doute opposé à la foi.


Ô tes forts arguments, ta foi de charbonnier !…
Et puis nous rentrions, plus que lents, par la route
Un peu des écoliers, chez moi, chez nous plutôt,
Y déjeuner de rien, fumailler vite et tôt,
Et dépêcher longtemps une vague besogne.


Et puis ce cri éloquent, synthèse du désespoir, accentuation du fatidique « Nevermore » d’Edgard Poe :


Mon pauvre enfant, ta voix dans le bois de Boulogne !


Verlaine assista à son agonie, à l’hôpital de la Pitié. Il le conduisit au cimetière populaire d’Ivry, où du moins les tombes sont à l’abri « des multitudes bêtes des dimanches ». Ivry n’est pas, comme le Père-Lachaise, un « but de promenade », un musée macabre, un numéro traditionnel dans la représentation urbaine que l’Agence Cook donne à ses clients.

Dans une majestueuse lamentation, Verlaine, se sou-