Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/155

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bien, je vais vous dire adieu de suite, car j’ai l’intention de quitter bientôt cette scène brillante.

— Adieu ! Vous avez été bien bon pour moi ce soir, dit-elle simplement en lui donnant la main.

— Les derniers mots que vous venez de prononcer, dit-il en baissant la voix, m’encouragent à vous donner un conseil qu’autrement vous auriez raison de regarder comme impertinent, un conseil qui a dans tous les cas le mérite du désintéressement, car il vient d’un homme qui a cessé de rechercher les sourires et l’approbation des femmes. Le voici : restez dans cette heureuse maison de la campagne où vous avez grandi candide et naïve ; restez avec les amis sages, éprouvés de votre enfance ; vous n’en trouveriez pas d’aussi bons dans cette vie frivole où vous êtes récemment entrée.

— Trop tard ! se dit à elle-même Antoinette qui se contenta de répondre en inclinant légèrement la tête.

Le colonel Evelyn la quitta, tout en reconnaissant que quelque chose comme de la confiance en la femme pouvait encore exister sur la terre.

De son côté, Antoinette accepta sans faire aucune observation le danseur qui venait de s’offrir et dont les platitudes lui parurent doublement ennuyeuses après l’intéressante conversation qu’elle venait d’avoir avec le colonel.

Ses pensées ne tardèrent pas à retourner auprès de Sternfield. Elle songea au cruel et systématique abandon qu’il avait fait d’elle-même, à ses attentions