Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/161

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mère seule aurait pu le faire, de provoquer quelque confidence chez son enfant bien-aimée ; mais celle-ci évitait avec terreur toute ouverture à ce sujet. Enfin, s’apercevant que ses tentatives avaient pour résultat invariable de faire Antoinette s’enfermer dans sa chambre, elle renonça à son idée, se contenta d’adresser tous les jours de ferventes prières au ciel pour qu’il rendît à ce jeune cœur le calme qu’il semblait avoir perdu, et essaya de son mieux de le distraire et de chasser sa tristesse.

Une cause de chagrins et de regrets incessants pour madame Gérard, était la correspondance régulière qui s’échangeait entre Antoinette et sa cousine madame d’Aulnay. Ce chagrin était bien fondé, car la réception ou l’envoi d’une lettre était pour sa chère enfant un nouveau sujet de mélancolie ou lui donnait des maux de tête violents. Comme l’inquiétude de la bonne gouvernante se serait accrue, si elle eût su que la moitié de ces lettres qui étaient expédiées sous couvert à Lucille faisait partie d’une correspondance suivie avec le major Sternfield !

Un jour, elle se décida à demander, tout en badinant, à voir quelques-unes des lettres en question ; mais Antoinette la refusa froidement, disant pour raison qu’elle avait promis à madame d’Aulnay de ne montrer ses missives à personne. Réellement alarmée, elle voulut s’en plaindre à M. de Mirecourt ; mais celui-ci, qui était devenu plus indulgent encore pour sa fille depuis