Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/211

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lequel il accepta les remerciements que lui fit celle-ci pour les livres qu’il avait envoyés, elle se surprit le secret désir de voir l’irrésistible Sternfield, — comme elle s’était plu une fois à le qualifier, — transporté dans la plus lointaine servitude pénale de son souverain. Avec ses principes mobiles, ses idées vagues sur le bien et sur le mal, il ne lui vint pas à la pensée qu’il y avait danger de laisser accroître, par des entrevues, l’admiration que le colonel éprouvait évidemment pour Antoinette. Au contraire, pour un esprit meublé comme le sien de romans, d’histoires imaginaires de toutes sortes, il y avait quelque chose de particulièrement touchant dans ce commencement d’amour malheureux.

Heureusement, cependant, que les perceptions morales d’Antoinette étaient plus grandes. À mesure que le colonel Evelyn devenait plus attentif et paraissait n’adresser la parole qu’à elle seule, l’espèce d’impatience qu’elle laissa voir, les regards suppliants qu’elle dirigea vers sa cousine firent voir clairement à celle-ci qu’elle l’appelait à son secours pour donner à la conversation un caractère plus général. Néanmoins, ne voulant pas couper court à ce charmant petit roman naissant, ainsi qu’elle l’appelait, Lucile fit ce qu’elle eût désiré qu’il fût fait à son égard si elle s’était trouvée dans la même situation, elle feignit d’être très occupée à sa broderie.

Quelques instants après, Jeanne vint lui apporter