Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/244

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— Eh ! bien, je vous disais donc que peu après notre départ, une neige épaisse commença à tomber, et comme il en était arrivé une grande quantité la nuit précédente, vous pouvez conclure que les chemins étaient loin d’être beaux. Bientôt elle tomba à gros flocons, et pendant que nous causions, mon compagnon et moi, du Canada, de ses malheurs, et de sa destinée, la neige changeait complètement l’aspect des choses comme si la baguette d’une fée s’en était mêlé. Les palissades, les murs de pierre disparaissaient entièrement, et les arbres fruitiers semblaient être de simples arbrisseaux. Heureusement pour nous, aucun être humain ni aucun animal n’étaient sur le chemin, car il n’y aurait eu rien de plus fâcheux pour nous qu’une rencontre qui, en nous obligeant de dévier un peu de la route tracée, nous aurait forcés de faire le plongeon dans les profondeurs de la neige qui s’était amoncelée de chaque côté de l’étroit sentier. Si nous avions eu plus de prudence, nous serions restés à l’auberge de Thibault ; mais j’avais hâte d’arriver, et mon compagnon aussi. Après quelques minutes de repos, nous nous remîmes donc en route. Bientôt le froid devint intense. La neige avait cessé de tomber, mais le brillant soleil qui lui succéda fut impuissant à nous donner de la chaleur ou du confort. Le vent poussait la neige, nous la lançait en pleine figure, de sorte que nous étions aveuglés et suffoqués. À dire le vrai, nous allions aussi lentement qu’à un