Page:Leprohon - Antoinette de Mirecourt ou Mariage secret et chagrins cachés, 1881.djvu/287

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put s’empêcher de penser avec angoisse qu’elle seule portait le fardeau de leur faute mutuelle.

Avec son beau sourire d’autrefois, il se laissa glisser sur l’ottomane, aux pieds de sa femme.

— Ainsi, ma petite Antoinette, ils t’ont envoyée à Montréal pour te rétablir ? dit-il. C’est bien ce qu’ils pouvaient faire de mieux, car la tristesse qui règne là-bas à Valmont est plus que suffisante pour détruire en moins de six mois la plus robuste constitution.

— Je n’ai jamais trouvé Valmont triste, Audley ; j’y suis née, j’y ai été élevée, et cette campagne m’est chère au-delà de tout ce que je puis dire.

— Quant à cela, il en est de même pour l’Esquimau vis-à-vis des terres stériles qu’il habite ; mais tu avoueras que je ne suis pas allé souvent te déranger dans ces derniers temps ; dans la première et dernière visite que je t’ai faite au clair de la lune, j’ai pris la bonne résolution de ne pas troubler la paix de ton esprit et de ne pas retarder ainsi ton retour à la santé.

— Merci. Vous avez été rempli de considération : je vous en ai de la reconnaissance.

Le jeune homme toussa, comme s’il eut été embarrassé, puis il reprit :

— Pendant que madame d’Aulnay est hors de cette chambre, je dois te dire que, me trouvant naturellement bien isolé pendant ton absence, j’ai cherché des distractions et des plaisirs qu’un moraliste rigide pourrait peut-être censurer ; mais je vais re-